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Jean Belondrade

Débuter avec Dieuzaide, ce n’est pas rien ! Mais depuis ses débuts, le “petit montagnard” né dans l’Ariège, en a fait du chemin. Il a surtout gravi le plus haut et le plus difficile des sommets : sa pudeur.
Photographe professionnel reconnu, Il aura pourtant attendu l’âge de 50 ans pour montrer ses travaux personnels, et 40 pour traiter enfin le sujet qui le tenait le plus à cœur : l’être humain, les gens, les personnes. A opposer à la notion d’ “Humain”, chère aux pros du marketing et de la communication, qui englobe les individus sans les regarder vraiment.

Toujours avec la même humilité, Jean Belondrade voyage aujourd’hui dans le monde entier et s’adresse directement à chacun d’entre nous, questionnant notre quotidien, notre individualité, nos rêves et nos espoirs. Nous rappelant que d’où que l’on vienne et quel que ce soit notre âge, nous avons tous en commun cette humanité faite d’amour, d’idéaux, de passion mais aussi de petits moments tous simples…

Jean, à quel moment avez-vous compris que la photographie deviendrait la passion de toute une vie et votre métier ?

La photo a pris très tôt une place dans ma vie. Enfant, j’ai trouvé du matériel de laboratoire dans le grenier de ma maison de famille, j’ai été intrigué. C’était du matériel ancien, de l’époque où, avant les agrandisseurs, on faisait du contact à partir de plaques de verre.

Puis en classe de 3ème, on m’a proposé de m’occuper du laboratoire photo du Caousou et j’ai vraiment commencé comme cela, à la chambre noire.
Je prenais mon vélo et partais faire des prises de vue dans la campagne ariégeoise et la montagne. J’adorais la liberté que me procuraient ces promenades où j’étais seul avec ma musette et mon appareil photo. Par timidité, je n’osais pas m’approcher des gens, mes sujets s’arrêtaient donc aux paysages, aux moutons… Il m’a fallu d’ailleurs attendre plus de 30 ans avant d’oser enfin !
Je crois que j’ai toujours voulu être photographe, ou journaliste, contre l’avis de ma famille qui souhaitait me voir devenir médecin. A la mort prématurée de mon père je me suis enfin inscrit à des cours de photo par correspondance dans une école américaine. J’ai été au bout de mes cours tout en faisant mon armée puis j’ai présenté un dossier à Jean Dieuzaide qui m’a embauché ; le dossier n’était pas très bon, il a été généreux. J’ai eu beaucoup de chance !

Je crois tout simplement que le courant est immédiatement passé entre nous. Il a été pour moi à la fois une image du père et du maître…

Vous souvenez-vous de votre première photo ou en tout cas, de celle qui a marqué vos débuts ?

J’ai toujours une grande fierté pour ma première photographie professionnelle réalisée pour l’atelier Yan. Nous étions 3 ou 4 photographes du studio, dépêchés pour photographier l’instant précis où le Concorde 002 quitterait le sol. On nous avait répartis à différents endroits de la piste, ne sachant pas exactement le trajet que l’avion emprunterait et par chance, c’est devant moi qu’il a décollé. C’était une photo au grand angle, légèrement sous-exposée, mais quel bonheur d’avoir pu saisir cet instant !

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de montrer vos travaux personnels ?

Parce que c’est quelque chose de très difficile psychologiquement. Par pudeur ou par réserve, je suis passé à côté de beaucoup d’opportunités. Je considérais que ce n’était pas assez bon pour me confronter au regard de mes collègues photographes.
Pourtant montrer, c’est progresser ! Mais je crois que j’ai toujours eu le complexe du “petit montagnard”, j’ai mis longtemps à me sentir à ma place en ville comme dans le monde de la photographie (en dehors de mes travaux professionnels pour lesquels j’étais déjà reconnu) parce que je n’ai jamais eu ce sens du réseau, cette fibre qui fait que l’on sait se vendre. La solitude est une qualité très répandue chez les photographes mais elle a ses limites.
J’ai eu le déclic d’un coup, quand j’ai découvert le Minox 35. C’était un tout petit appareil, à l’opposé des chambres 4×5 inch et des Hasselblad avec lesquels je travaillais habituellement. Grâce à cet outil discret, j’ai enfin osé m’approcher des gens et mon travail a pris une nouvelle tournure.

J’ai sorti mon premier livre “Vu, familles photographiques” en 1999. Il confrontait des images qui n’avaient rien à voir mais qui fonctionnaient bien par couple et par association d’idées. Ce n’était pas un travail très abouti, car à l’époque je n’avais pas assez de matière. Mais l’idée était bonne et est devenue de plus en plus intéressante car j’ai continué à l’enrichir au fil du temps, à coller de nouvelles images au grè de mes reportages. En tout cas, cela m’avait mis le pied à l’étrier.

Pour les “Greniers de France”, j’ai commencé cette série sur mon temps libre, jusqu’à réaliser un livre mêlant mes photos à des textes écrits par des ethnologues, édité chez Privat. J’ai contacté Philippe Terrancle (Directeur des éditions Privat) et il a tout de suite été emballé par le projet car tout le monde aime les greniers. Il y a quelque chose lié à l’enfance, une nostalgie.
C’était un travail très intéressant d’abord parce qu’il était très difficile de trouver des gens qui acceptaient de me laisser entrer dans ce lieu intime où se cachent les secrets de famille. Et ensuite parce que je m’étais fixé l’objectif de ne toucher à rien, de laisser le lieu tel que je l’avais trouvé, sans déplacer les objets, sans ajout de lumière. Je photographiais donc en pauses longues au retardateur et découvrais les photos après coup, c’était passionnant. J’ai un peu retrouvé l’émerveillement de l’époque argentique, où il fallait attendre le tirage pour révéler l’image.

Pouvez-vous nous parler de Goanda ?

J’ai créée cette entreprise en 2008 avec mon fils et deux collègues photographes car nous avions envie d’aborder ensemble un travail d’auteur, mêlant photographie et écriture.
Nous réalisons des livres professionnels pour des entreprises (en particulier dans l’industrie), en proposant une approche très différente d’une pure démarche publicitaire.
Mon premier livre de ce type, réalisé pour le Groupe Cahors “Nos hommes ou la Traversée du siècle” retraçait la vie des employés de cette entreprise à travers le monde (du Lot à la Chine, en passant par l’Inde, l’Espagne, l’Uruguay, etc.), montrait des scènes de vie. Il était plus proche d’un reportage pour “Géo” que d’une plaquette commerciale et c’est cela qui a fait le succès de ce projet.
Le plus difficile est de faire comprendre au client que pour que cela fonctionne, il faut s’extraire complètement de toute action de communication. Ici, c’est le travail d’auteur qui donne de la valeur à l’entreprise. Les communicants parlent toujours de “l’Humain”, mais ils oublient les individus.

J’ai convaincu le PDG du groupe d’éditer un exemplaire pour chacun de ses employés et pas seulement pour les grands comptes, les investisseurs, etc. L’idée était de valoriser les gens qui font l’entreprise et non de simplement faire de la pub auprès des clients et actionnaires.
C’est tout cela la démarche de Goanda, porter une idée forte et la mener à son terme.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Depuis quelques temps, j’entame une nouvelle période, avec une approche différente. Je m’efforce de photographier des vraies scènes de vie plutôt que céder à la facilité des portraits.
Mais nous faisons un vrai métier, de plus en plus difficile. Il faut beaucoup de qualités pour être photographe aujourd’hui, au delà de la facilité technique évidente, alors que tout a déjà été fait et à la perfection, dans le domaine de la photographie humaniste.
Un exemple, pendant des années j’ai travaillé sur l’Ukraine, j’ai beaucoup d’images des jours heureux. J’ai proposé cette série à des magazines, j’ai voulu en faire un livre… Ce travail n’intéressait personne! Il y a un an j’ai passé Noël à Maidan sur les barricades et Il a fallu ces évènements pour que le monde commence à s’intéresser à ce pays. Mais les médias veulent des chars et des images de guerre, pas des photos de l’Ukraine en paix. C’est pourtant ça, l’Ukraine, cette simplicité confiante qui s’est abîmée et peut-être perdue.

Il faut toujours avoir des projets dans ses tiroirs. J’ai commencé récemment une collection de photographies sur le thème de “l’Homme qui marche”, pour aborder l’aventure unique, de l’enfant qui dès qu’il se lève pour ses premiers pas maladroits ne cessera de marcher qu’à la mort. “Lève toi et marche !” : la chose la plus extraordinaire et en même temps la plus naturelle qui soit, alors qu’aujourd’hui une bonne partie de l’humanité (et la majorité des photographes) passe la plupart de son temps assise devant un ordinateur.

Depuis deux ans, je m’amuse également avec une série appelée “Libertad”. De la façon la plus simple, j’essaie de susciter l’idée même de liberté alors qu’elle prend aujourd’hui un sens différent, qu’elle n’est plus aussi évidente, révolutionnaire. Notre liberté nous est grignotée, rabotée implacablement, systématiquement, jour après jour, dans tous les domaines de l‘activité humaine. Vivre libre était un combat, c’est devenu un défi.

Vous travaillez avec Picto depuis de nombreuses années. Que vous apporte cette collaboration ?

Effectivement, je connais Picto depuis leurs débuts (NDRL : pour rappel, l’entreprise est installée à Toulouse depuis 1989) et outre la grande qualité de leur travail, l’un de leur point fort est d’avoir conservé les mêmes interlocuteurs amicaux et bienveillants, depuis toujours. Du coup, une vraie relation de confiance s’est installée, un rapport particulier. Moi qui doute souvent, j’écoute attentivement leurs conseils, je me fie à leur choix quand j’hésite. C’est un vrai travail d’équipe !
Merci Nicolas ! A bientôt dans de nouveaux univers…
En savoir plus sur Jean Belondrade : www.jeanbelondrade.fr
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