Présente

Arnaud Chochon

On a tous à un moment donné envie de changer de vie, de métier, d’horizon. Mais il y a une grande différence entre le rêver et le faire ! Reprendre ses études à 40 ans passé pour intégrer une classe d’étudiants post-bac, ça peut faire peur… Mais pas à Arnaud ! Alors oui, il ne vit pas de la photo car il travaille à côté, on pourrait donc dire que c’est un photographe amateur, mais ce serait alors par stricte opposition au terme de photographe professionnel. Lui se définit comme « photographe auteur ». Car cette absence de contrainte financière est justement porteuse de projets voulus, construits et donc d’une grande liberté artistique. En témoignent les 4 séries réalisées pour son diplôme il y a moins de 2 ans, toutes déjà publiées ou exposées. Il est donc clair, que parfois, la valeur peut attendre le nombre des années !

Arnaud, pourquoi t’être mis à la photo si tard ?

Crise de la quarantaine ? (rires) Non, j’ai eu envie de faire quelque chose de différent, de plus créatif. J’ai commencé par un bilan de compétences et la photo s’est imposée assez naturellement. J’en faisais déjà, un peu comme tout le monde, photos de voyages, vacances… Mais sans trop savoir comment relier ces images entre elles, il n’y avait pas de sujet, pas de propos. J’étais en tout cas très attiré par ce médium. J’ai donc pris un Congé Individuel de Formation et me suis inscrit en première année à l’ETPA (École de photographie à Toulouse). Ça m’a permis d’apprendre les bases : studio, labo argentique, retouche, labo couleur, histoire de l’art et de la photographie… J’ai terminé cette première année par un stage au Château d’Eau. Quand je suis retourné au boulot, à ma vie d’avant, ça a été difficile. J’avais envie de plus ! Je suis donc retourné à l’ETPA, directement en troisième année cette fois, qui m’intéressait pour son côté autonome et de projet. On travaille sous forme d’ateliers pour réaliser 4 séries qui sont montrées à un jury de professionnels en fin d’année.

Parlons de ces 4 séries justement, vers quoi t’es-tu tourné ?

our mon thème libre, j’ai choisi de travailler autour de ma situation de monoparentalité, vu du côté masculin. La série s’appelle « Semaines Père, Semaines Impaires ». C’est un huis-clos où je me mets en scène avec mes deux enfants, qui vivent avec moi une semaine sur deux, les semaines impaires. Le sujet a été publié dans la revue » 6 mois « , un bel aboutissement pour moi comme pour mes enfants, pour qui ça n’a pas été facile tous les jours ! Vous pouvez voir la série sur le site d’Arnaud, en cliquant ici

Ta série » Transmission » (dont vous trouverez quelques clichés ci-dessous) rencontre un franc succès et a déjà fait l’objet de nombreuses expos, peux-tu nous en dire un peu plus ? Qu’est ce qui t’a donné envie d’aller vers ce sujet ?

Le monde agricole était et est toujours un thème d’actualité (malbouffe, difficultés économiques, paysages…) et vraiment tourné vers l’humain. J’ai donc sillonné la campagne à la recherche de fils et filles d’agriculteurs qui ont choisi de poursuivre l’activité de leur parents malgré la crise que traverse ce secteur. J’avais envie de rencontrer les » reprenants » qui font évoluer le métier, qui pour certains, allant vers de la distribution directe ont une meilleure qualité de vie que leurs parents. Je trouvais ce côté transmission très positif, tourné vers un avenir meilleur. J’ai toujours été très bien accueilli et pris beaucoup de plaisir dans ces rencontres, je ne me suis donc pas arrêté aux 5 clichés demandés pour mon diplôme. J’ai d’ailleurs décidé de poursuivre cette exploration. Certainement en élargissant le sujet à l’environnement dans lequel ces paysans vivent, aux paysages, et à des récits écrits par un chercheur… Ce pourrait devenir un projet d’édition.

Ton sujet « Pliouchkine » est un thème délicat. Jean, ton protagoniste a dû être difficile à convaincre ?

Oui, il s’agit d’un reportage. J’avais déjà entendu parler de cette maladie (« syndrome de Diogène » ou « amassement compulsif ») . Jean parcours la ville toutes les nuits, aux mêmes heures, suivant un trajet immuable, à la recherche d’objets ou d’aliments à ramener chez lui. Beaucoup de livres et de journaux, c’est quelqu’un de très cultivé. J’ai mis longtemps à obtenir sa confiance. On a eu des discussions régulières pendant quelques semaines devant chez lui. Et puis un jour, il m’a laissé entrer et autoriser à le photographier chez lui. Nous avons gardé le contact depuis. Je suis d’ailleurs revenu lors de l’intervention de nettoyage annuelle, je trouvais important de boucler le sujet. Quant aux publications, c’était délicat. Jean en a accepté certaines, les internationales. Voir la série

Ta 4ème et dernière série pour le diplôme « Entre deux eaux » (voir portait ci-dessus) aborde un sujet peu commun également. Les piscines publiques vides ! Cette série, tirée en 80 par 100 cm, sera de nouveau exposée à l’Espace EDF Bazacle du 5 juin au 2 septembre 2018. D’où est parti l’idée ?

Je suis entré une fois dans une piscine vide. J’ai adoré la discordance entre cet espace immense, vide, silencieux, qui donne à voir la profondeur du bassin et l’ambiance habituelle des piscines municipales (bruit de l’eau, cris d’enfants, effervescence…). J’ai fait des premiers tests photos et cela fonctionnait, donc je me suis mis en quête de lieux intéressants. Sur Toulouse d’abord, puis dans toute la France. Il y a de nombreuses piscines classées, des bâtiments magnifiques. La logistique était compliquée en revanche. Je n’ai que quelques heures où la piscine est totalement vide, il faut être là au bon moment ! Je continue d’ailleurs mes recherches et l’expo à venir au Bazacle sera enrichie de clichés inédits.

Quels sont tes projets à venir ?

Comme je le disais tout à l’heure, j’ai envie de continuer, d’approfondir « Transmission ». D’ailleurs, je viens tout juste de boucler un sujet de pur reportage sur un jeune éleveur de brebis (Paul), rencontré pour cette série. Sa compagne Olivia récupère la laine des éleveurs et la valorise en réalisant des vêtements qui sont vendus sur les marchés, les foires et sur internet (voir le site de « Laines Paysannes »). Je les ai suivis durant un an, c’était passionnant et très enrichissant ! Je viens aussi de finaliser un reportage en partenariat avec la médiathèque départementale de l’Ariège. Un projet également très prenant humainement et émouvant à l’attention des personnes âgées, à travers des activités de théâtre et de lecture. C’est cela que je recherche dans la photo, du contact, du sens et une occasion de sortir de mon quotidien. Sinon, je continue de me former en participant à des workshops pour rencontrer et partager avec des photographes que j’apprécie, expérimenter le temps d’un week-end avec des contraintes pour sortir de ma « zone de confort » et trouver éventuellement l’inspiration pour de nouveaux sujets.

Pour finir, peux-tu me dire quelques mots sur ta relation avec Picto ?

Je suis toujours passé par Picto pour réaliser mes expos. Ils font vraiment un travail de grande qualité, l’équipe est à l’écoute. C’est une vraie relation de confiance ! J’étais déjà ravi qu’ils choisissent l’une des images de ma série « Lisboa » pour leurs vœux, et j’ai découvert avec plaisir qu’ils avaient récemment tiré une photo de ma série « Entre deux eaux » en très grand format (toile imprimée de 3x4m, fixation clipso. Ndrl !) pour l’afficher dans leur grand escalier. Le rendu est impressionnant (voir le portrait illustrant cette interview). Je suis ravi de ce partenariat avec Picto Toulouse !
Et merci Arnaud ! Au plaisir de te croiser sur les routes à la recherches de nouveaux sujets passionnants !

Retrouvez toutes les photos d’Arnaud sur son site 
arnaudchochon.com

Et suivez ses actualités via facebook :
www.facebook.com/arnaudchochonphotographies

Suivez-nous sur nos réseaux sociaux
Abonnez-vous et recevez toutes nos actualités en avant-première