"CARAVANALYSE OU
L'OBSTINATION DES MARGES"©
Ce travail est d'abord une volonté de confrontation aux grands
espaces. Il se construit autour de la perception que l'objet n'est
rien sans l'espace qui le révèle, comme ces caravanes
saisies au bout du monde dans une précarité d'ancrage
et une succession d'affrontements silencieux… "Caravanes,
pourquoi de si grands espaces ?". Ces caravanes sont là
pour nous signifier, comme un parcours, comme une errance. Inscrites
dans des réalités de vie, elles interrogent nos propres
repères dans une incitation à une recomposition du connu…Elles
sont en ce sens la représentation de cette frontière
entre intériorité et extériorité, dedans
et dehors. Elles deviennent alors cet espace intermédiaire
lui-même, et tentent de réconcilier l'intimité
avec les lieux du monde et, singulièrement, le "lieu d'être".
Caravanes de l'errance ou "caravanalyse", parcours et combat
à la fois, vidange et régénération, provocation
jubilatoire donnée à soi-même comme une improvisation
d'acteur.
"Se perdre pour se sauver" disait Michaux, c'est sûrement
vouloir se lier au monde…
Les éléments du paysage articulent aussi cette échappée
en devenant les composants d’une réalité humaine.
Ainsi ces lieux hors des repères policés ouvrent et
mettent à nu notre relation à la structure sociale et
obligent à la formulation et à l’autonomie du
langage personnel : d'où parles-tu, que réponds-tu,
qu’as-tu à dire ?
C’est précisément cette « mise à
nu » qui est intéressante, cette forme de recomposition
du temps et de l’espace, car elle nous désencombre des
références trop souvent attachées à la
lecture du paysage. L’absence momentanée de toute codification
creuse une intimité plus profonde avec soi-même. C’est
alors à soi de trouver son identification, à soi qu’appartient
la limite, à soi qu’appartiennent ces repères….
Peut être ici plus qu’ailleurs où rien n’est
contenu, je sens paradoxalement une intériorité plus
forte qui ouvre à la relation et à l’extériorité,
une forme de dérision aussi… un moi lié au monde
au-delà des structures du miroir…
Septembre 2002
Jean-Guy UBIERGO |
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